Tarbes organise la lutte contre le frelon asiatique

Les faits – Après quatre années de résistance à l’invasion par la destruction de nombreux nids, la ville a réussi à maîtriser la croissance du tueur d’abeilles sur son territoire.

La formation des agents destructeurs de nids a débuté. L’observatoire est en place. Et l’attaque des drones se prépare. La ville a en effet mis à profit la trêve hivernale pour peaufiner ses plans de destruction de nids à coup d’azote liquide propulsé par des drones.

Face à l’invasion des frelons asiatiques qui, depuis 2007, déciment abeilles et autres insectes locaux, Tarbes (65) est devenu « le » centre de lutte contre cet envahisseur. « Il n’a aucun prédateur, bénéficie d’un climat favorable et se multiplie de façon exponentielle avec des conséquences dramatiques sur la pollinisation. Pourtant, tout le monde s’en fiche. Il n’est même pas classé comme nuisible ! Son éventuel classement au Code rural ne changera rien pour nous en milieu urbain. Nous vivons un grand moment de solitude », constate amèrement Jean-Claude Piron, adjoint au développement durable et à l’écologie urbaine, promu « général en chef » de la lutte.

« Sur le tas »

Le maire, Gérard Trémège, a compris d’emblée les enjeux, dont le risque de multiplication des attaques venant des colonies dérangées par les habitants. Dès 2008, la mairie met en place un groupe de travail composé d’apiculteurs, de professionnels de la désinsectisation et de scientifiques.

« Nous avons appris sur le tas. Au début, les scientifiques nous donnaient des avis contraires », relate l’élu devenu spécialiste en entomologie. Dès 2009, le service hygiène-santé de la ville déclenche plusieurs opérations de destruction de nids situés à proximité d’habitations ou d’écoles. « Nous avons déjà détruit plus de 120 nids pour un coût avoisinant les 20 000 euros. »

Grâce à cette vigilance, la ville réussit en 2011 à stabiliser sa population d’hyménoptères asiatiques. « On ne peut plus éradiquer ce frelon, juste essayer de maîtriser sa croissance et apprendre à vivre avec », constate avec philosophie l’adjoint qui aimerait que, dans le cadre de la protection de la biodiversité, le ministère de l’Ecologie « mette autant d’énergie à prendre la mesure de l’invasion qu’il en met à vouloir réintroduire l’ours slovène dans nos Pyrénées ».

Contact. Mairie de Tarbes : 05.62.44.38.06.

Les leçons

Jean-Claude Piron, adjoint au maire chargé du développement durable et de l’écologie urbaine

« Partager le matériel et les connaissances »

1 – Se renseigner avant d’attaquer

« Il faut se renseigner avant d’agir : période, outils… Des piégeages mal réalisés risquent de tuer plus d’autres insectes que de frelons. Grâce à une meilleure connaissance, nous avons réussi cette année à piéger de façon sélective plus de 1 000 fondatrices contre 300 l’année dernière. Pour détruire un nid, il ne sert à rien de tirer dessus à la carabine ou de frapper avec une raquette de tennis, le nid serait reformé et c’est dangereux. Le détruire l’hiver est inutile : les frelons ne retournent jamais dans le nid qu’ils abandonnent l’hiver.

2 – S’équiper en conséquence

Détruire un nid revient en moyenne à 200 euros, mais ça peut coûter beaucoup plus cher. A plus de 15 m de haut, il faut louer une nacelle. Un nid situé à 35 m nous est ainsi revenu à 1 500 euros ! C’est pourquoi nous travaillons sur un prototype de drone. Il va permettre de détruire les nids à moindre coût (5 euros la cartouche d’azote liquide). Il nous faut encore acquérir des équipements spécifiques car les frelons attaquent en vol. Les vêtements de protection contre les abeilles sont insuffisants. Nous avons enfin acquis une caméra thermique pour repérer les insectes dans les frondaisons. Elle sert aussi à traquer les déperditions thermiques des bâtiments.

3 – Se fédérer et informer

Pour enrayer l’expansion du frelon, il faut mettre les connaissances et le matériel en commun, au moins à l’échelle du département, et diffuser l’information. Outre la création de l’observatoire, nous rédigeons une plaquette et préparons une charte pour les professionnels. En décembre 2010, nous avions réuni 220 personnes, dont une centaine de maires. On nous prenait pour des farfelus. Maintenant tout le monde nous appelle. »

Les acteurs

L’observatoire du frelon asiatique

En 2010, l’observatoire du frelon asiatique en Hautes-Pyrénées a pour membres fondateurs la mairie de Tarbes, le conseil général, six communes du département et deux représentants de la profession apicole. D’autres professionnels (enseignants, applicateurs phytopharmaceutiques, chargé de mission de sauvegarde du milieu…), ou des représentants de groupements (propriétaires de forêts privées, associations de protection de l’environnement…) ont également souhaité participer aux actions de l’association. Ils mettent à disposition leurs réseaux, font remonter leurs observations, partagent leurs expériences ou testent de futurs protocoles. Les activités de l’observatoire se concentrent sur l’étude scientifique de la physiologie de l’insecte, avec une cartographie précise de son expansion, l’information de la population par la presse et celle des 474 maires du département par l’envoi de dossiers et la mise en place de tests de protocole de protection des ruches.

Contact. Mairie de Tarbes : 05.62.44.38.24.

L’association First

L’association d’ingénieurs Force pour l’innovation, la recherche scientifique et la technique (First), basée dans le Gers, a proposé ses services à la mairie lors des journées de la science. « Nous aussi nous sommes envahis par ces bestioles ! Comme nous avons mis au point un drone, nous avons proposé à la mairie de le modifier pour qu’il puisse détruire les nids », explique Marc Sénépart, président de l’association qui pourra également former les futurs pilotes. Les plans sont faits, reste à First à réaliser le prototype qui, équipé d’une caméra, d’un GPS et d’une longue perche pourra à distance fraiser le nid pour y déposer l’azote liquide et statufier les frelons en quelques secondes.

Contact. Marc Sénépart : 05.62.45.24.36.

Le CNFPT

Le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) a aidé la mairie à mettre en place une première formation nationale d’agents destructeurs de nids. L’objectif est de former les territoriaux aux différentes méthodologies de destructions afin qu’ils puissent conjuguer efficacité et protection de l’environnement. La première formation s’est déroulée les 16 et 17 novembre. Elle a permis de former 5 agents de la ville et 4 du Grand Tarbes. L’objectif est de poursuivre avec la formation de destructeurs sur chaque canton.