Le recyclage crée des emplois : la preuve par les chiffres d’Ile-de-France

Le secteur des déchets occupait plus de 22 000 salariés en 2010 en Ile-de-France ((17 600 dans le secteur public, entre 4 000 et 5 000 dans les collectivités (dont une petite moitié occupée par la seule collecte en régie à Paris)), selon les données présentées par l’Observatoire régional des déchets d’Ile-de-France (Ordif), le 16 avril à Paris. Ces chiffres fournissent une indication « a minima », précise Valentin Sauques, économiste à l’Ordif, car l’appareil statistique national n’intègre pas les effectifs des éco-organismes ni ceux d’activités relevant de la gestion des déchets mais rattachées aux transports ou aux bâtiments et travaux publics (BTP).

La collecte, métier à risque - L’Ile-de-France présente des tendances conformes à la moyenne nationale : la profession est masculine à 86 % et ouvrière à 71 % ; le travail intérimaire (près de 10 % des effectifs) y est très développé ; le secteur est plus accidentogène que le BTP.
A cet égard, la pratique du « fini-parti » ((qui met un terme à la journée de travail des conducteurs et ripeurs dès que la tournée de collecte est achevée, entraînant une « course » des équipes propice aux accidents)) reste incriminée au premier chef. « Dans le cadre du prochain appel d’offres, je proposerai aux élus d’y mettre fin », annonce Vincent Casper, directeur général du syndicat mixte pour la gestion et l’incinération des déchets urbains de la région de Sarcelles (Val d’Oise, 42 communes, 306 000 hab.).
A la CFDT, Dominique Oliver, secrétaire confédéral chargé du développement durable, est également favorable à l’abandon du « fini-parti » comme mesure de « prévention ».
Patrice Cosson, directeur du développement de Sita France, met aussi en cause les marchepieds à l’arrière des bennes sur lesquels sont postés les ripeurs pendant le trajet : « Tous les ans, un ou deux ripeurs meurt dans un accident de la circulation », rappelle-t-il.

Le tri en voie de mécanisation - Patrice Cosson défend l’automatisation des centres de tri, considérant que « l’on ne peut laisser les gens se plier en deux sur une chaîne de tri dès lors que des robots existent ». Pour Nathalie Desbouis, directrice générale adjointe du Sigidurs, « l’automatisation permet une amélioration des conditions de travail, elle n’est pas un frein à l’emploi : la modernisation de notre centre de tri s’est assortie de deux embauches ».

Au sein de la Fédération des entreprises de recyclage (Federec), Hélène Van Waes, chargée des questions d’emploi et de formation, note que l’emploi chez les adhérents progresse de 2% par an. Selon elle, « la mécanisation n’infléchira pas cette dynamique. Le pourcentage d’ouvriers restera stable mais leur professionnalisation est en cours : il existe un certificat d’aptitude professionnelle (CAP) d’opérateur de tri, un certificat de qualification professionnelle (CQP) est en cours d’élaboration, un bac pro sortira prochainement et des licences professionnelles se mettent en place. »

De plus en plus de diplômés - Chez Sita Ile-de-France, les équipes de communication et de marketing s’étoffent depuis 2010 : « Pour sensibiliser au tri et développer des offres commerciales, portant par exemple sur le transport fluvial des déchets, nous avons besoin de gens de plus en plus qualifiés », explique Patrice Cosson.

Le service de collecte du Sigidurs recrute des agents dotés au moins d’un bac+2. « Faire du porte-à-porte et porter le message du tri sont des missions qui ne relèvent pas de personnes sous-qualifiées », argue Nathalie Desbouis, du Sigidurs. Le syndicat, qui encourage les contractuels à passer les concours de la fonction publique territoriale, met en avant sa pratique de la promotion interne : « Des emplois-jeunes sont devenus ingénieurs et chefs de service, des missions ponctuelles ont été pérennisées », poursuit la dga.

Meilleur « contenu en emploi » pour la collecte sélective - Le mieux-disant environnemental est aussi le mieux-disant social : pour 10 000 tonnes traitées, la collecte sélective et le tri occupent 31 personnes, contre 3 pour l’incinération et 1 pour l’enfouissement.
En 2015, Sita Ile-de-France ambitionne de valoriser 2 tonnes de déchets pour 1 tonne éliminée, « la proportion inverse à celle qu’on observait il y a dix ans », note Patrice Cosson.

Dans la filière des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), la logistique (collecte et regroupement), le recyclage et le réemploi occupent 3 600 équivalents temps plein (ETP), soit 9 ETP pour 1 000 tonnes traitées, indique Guillaume Duparay, directeur des partenaires de la collecte d’Eco-Systèmes (principal éco-organisme sur cette filière).
Les effectifs sont encore appelés à progresser : « En Ile-de-France, la collecte est cinq fois inférieure à la moyenne nationale (de 7 kilos par an et par habitant), signale Guillaume Duparay. Et, à l’échelle hexagonale, la performance devra doubler à 14 kg/an/hab. en 2019, selon la directive de juillet 2012 sur les DEEE. »

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