L’ethnologie au service des politiques de l’eau et de l’agriculture

De quels changements de pratique parle-t-on ?

Derrière l’apparente neutralité du vocable « changement de pratiques », il faut relever que l’on parle en fait d’un changement orienté : au service exclusif d’une amélioration des rendements à une époque, d’une meilleure prise en compte de l’environnement, singulièrement de la ressource en eau, dans le cas qui nous occupe aujourd’hui.

La technique n’est pas neutre : elle bouleverse les rapports de force localement. Innover nécessite des ressources matérielles et immatérielles dont ne disposent pas toujours les agriculteurs.
Enfin, entre la connaissance d’une pratique et sa mise en oeuvre, il s’écoule souvent 5 à 10 ans.

Quels sont les acteurs concernés par ces changements de pratiques ?

Il y a les agriculteurs et d’autres acteurs du monde agricole, comme les commerciaux qui vendent différentes fournitures ainsi que les conseillers techniques des chambres d’agriculture ou des groupements professionnels.

Les collectivités locales se sont intéressées à la politique agricole avec la loi Voynet de 1999 : on a envisagé l’agriculture comme une ressource économique du territoire, avec un objectif de développement local.
Mais le plus souvent, les collectivités rentrent dans l’agriculture avec les problèmes d’environnement et de qualité de l’eau. Elles mettent en place de l’animation agricole, parfois ça se passe bien, mais il y a souvent une concurrence avec l’activité de conseil agricole des chambres.

Quels sont les leviers des collectivités ?

Les sciences sociales ne livrent pas de résultats « francs » permettant d’identifier et de hiérarchiser des leviers efficaces de changement qui pourraient être « déclinés » en fonction des contextes locaux.
Les approches les plus contemporaines tendent à disqualifier les actions directives exogènes. Les approches frontales sont inefficaces.

L’action collective est déterminante dans les changements de pratiqued et pour cela, il est essentiel de disposer de « passeurs » entre les mondes agricole et non-agricole.
Un changement de pratique a rarement comme finalité la qualité de l’eau, mais il peut y contribuer. Cela incite à une forme d’optimisme de la volonté.

L’université de Rennes 2 a conduit, en 2012, une étude à la demande du Centre de ressources et d’expertise scientifique sur l’eau en Bretagne (Creseb) (étude non encore parue, ndlr) auprès de chercheurs et de professionnels intervenant auprès des agriculteurs autour des changements de pratiques.
L’objectif était d’identifier des situations favorables et défavorables à ces changements.

Trois niveaux de paramètres ont été trouvés : ceux qui relèvent de la situation personnelle de l’agriculteur, ceux qui ont trait à l’exploitation et ceux qui relèvent du territoire.

On observe que les petites collectivités (communes et intercommunalités) peuvent avoir une fonction d’animation, sur un registre technique, localement pour aider le monde agricole.
Elles disposent aussi de leviers pour accompagner les évolutions foncières.
De plus en plus souvent, elles jouent un rôle d’acheteur public en offrant des débouchés aux produits agricoles locaux.

Les conseils généraux et régionaux interviennent de façon plus classique dans les politiques publiques partenariales avec les services de l’Etat ou les agences de l’eau.
Enfin, on observe qu’il n’y a pas de chef de file sur l’eau et que le leadership est problématique car cela implique beaucoup de coordination entre les acteurs.

En quoi le plan de lutte contre les algues vertes est-il original ?

Il est trop tôt pour dire que ses actions produisent des effets sur la qualité de l’eau. Mais il conduit les acteurs à se mettre en mouvement : il y a un nombre incalculable de réunions, un engagement individuel et collectif, on met en débat des questions qui n’étaient auparavant pas vraiment discutées.
Cela permet de développer un débat technique autour des pratiques agricoles et forcément, cela produira des effets. On verra s’il y a une traduction dans la qualité de l’eau.

Il n’y a jamais eu d’activité locale aussi intense à ce sujet, ce qui fait que les bassins versants à algues vertes pourraient devenir des laboratoires de ce qui pourrait, demain, être une agriculture respectueuse de l’environnement… d’où l’intérêt de suivre de près ce qui s’y passe.

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