Merville, les pieds dans l’eau

Les intenses pluies de début mars ont provoqué une impressionnante inondation dans ce village du Nord, qui a montré sa réactivité et la solidarité de ses habitants.

La ballade en barque n’a rien de romantique. Il s’agit d’aller ravitailler une centaine d’habitations, isolées par plus de 40 cm d’eau. Pendant 4 jours, impossible d’accéder au hameau de Caudescure sans embarcations, ou au moins une bonne paire de cuissardes et une grande motivation. « Les 4 et 5 mars 2012, il a plu ce qui tombe en moyenne en un mois, avec une neige très dense qui a fondu très vite avec le redoux », explique Jacques Parent, maire de la commune, abonnée aux inondations.
« Nous avons été inondé en une journée. Cette rapidité nous a surpris ! Habituellement, la montée des eaux est lente. Là, le sol était gelé et l’infiltration n’a pu se faire. Nous avons dû rapidement déclencher notre plan communal de sauvegarde (PCS) », souligne le directeur des services techniques, Pierre Degroote, également capitaine du centre de secours des pompiers. Les services techniques, rodés à l’exercice, ont de suite balisé les routes et surveillé l’étiage des cours d’eau.

Rues inaccessibles

Le lendemain, la décrue s’amorce dans les autres communes du bassin versant mais l’eau monte dans le village, point de convergence des cours d’eau. En plus du hameau « encerclé », 25 rues sont inondées, certaines inaccessibles avec des maisons baignant dans plusieurs centimètres d’eau, 5 bâtiments communaux sont isolés, les prés de la ville sont engloutis et fermés par arrêté municipal.
« La coordination des services dans le cadre du PCS a été bonne. Nous avons bien travaillé avec la sous-préfecture, le syndicat de gestion des eaux et la direction régionale de l’environnement », souligne l’élu qui insiste sur la grande solidarité des habitants. Samedi matin, la voirie était dégagée et dimanche tout était mis en œuvre pour un rapide retour « à la normale ».
« Cet événement nous donne des arguments face à ceux qui veulent une révision du PLU. Il sera plus facile de montrer qu’il n’est pas sérieux de construire à tel ou tel endroit », estime le maire. Pour être mieux préparé aux prochaines inondations, la mairie prévoit d’acheter une barque.

Contact. Mairie : 03.28.48.20.22.

Merville en chiffres :
- 9 500 habitants ;
- budget fonctionnement : 12 millions d’euros ;
- Communauté de communes Flandres Lys : 7 communes, 33 700 habitants ;
- 150 dossiers de sinistres déposés.

Les acteurs

Les services techniques
Ils ont distribué des parpaings aux particuliers et aidé à les installer sous les meubles. « Il y a eu des mécontents, mais face à la rapidité de l’événement nous ne pouvions pas servir tout le monde en même temps », note le directeur des services techniques. La mairie a servi de plaque tournante pour la distribution des denrées alimentaires aux secteurs inaccessibles. « Les trois quarts des membres du service technique sont aussi sapeurs-pompiers volontaires ». Après la décrue, une cellule « nettoyage » est montée. Les services techniques de la ville, aidés du personnel technique des villes voisines, passaient pour nettoyer caves, voirie, etc. 48 000 m2 de voirie ont été endommagés et les travaux de remise en état ont été estimés à 160 000 euros HT.

La police municipale
Les policiers municipaux ont posé des balises et barrières et fait respecter l’arrêté de restriction de circulation émis sur 25 voies « Il nous fallait surveiller car, malgré l’arrêté, des gens passent », explique Didier Petyt, responsable de la police municipale dont le rôle a surtout consisté à protéger les axes routiers.

Les sapeurs-pompiers
Entre les 5 et 7 mars, les 48 sapeurs-pompiers ont effectué 59 interventions. Seules 7 maisons ont été évacuées. La maison diocésaine accueille quelques réfugiés vite relogés dans les familles. Après la décrue, les pompiers assurent le pompage des 160 caves inondées.

Les services administratifs
« Nous allons réaliser un bilan pour voir s’il est possible d’améliorer notre PCS et pour vérifier si le plan de prévention du risque inondation correspond bien aux zones inondées », résume Bruno Santraine, directeur général des services. Durant l’épisode, le site internet tenait les habitants au courant des mesures à prendre et des numéros à appeler. Depuis, la ville s’est abonnée au récent service gratuit de vigilance proposé par Météo France : APIC (avertissement aux pluies intenses à l’échelle de votre commune ;
lire Le Courrier n° 257, p. 40).

Plus de 10 000 communes exposées

Entre 1982 et 2000, les inondations ont fait 200 victimes et causées plus de 6 milliards d’euros de dégâts.
17 millions d’habitants vivent dans des zones inondables par débordement de cours d’eau, auxquels il faut rajouter 1,4 million d’habitants résidant dans les zones inondables par la mer, selon l’évaluation préliminaire des risques d’inondation réalisée par le ministère de l’Ecologie en application du Grenelle 2. Les spécialistes estiment à environ 5 millions le nombre de logements exposés.
Le plan communal de sauvegarde (PCS) est obligatoire pour toute commune soumise à un risque majeur identifié par un plan de prévention des risques naturels prévisibles (PPRN) approuvé ou par un plan particulier d’intervention (PPI) pour les risques technologiques localisés. Son contenu et sa mise en place ont été précisés par le décret n° 2005-1156 du 13 septembre 2005 et par trois guides et mémentos (guide d’élaboration, mémentos de présentation de la démarche et de réalisation d’exercices) édités par la direction de la sécurité civile.
Sur les 10 944 communes soumises à l’obligation de réaliser un PCS, 45,75 % l’avaient fait en 2011. Au total, plus de 5 000 PCS ont été réalisés (communes soumises à obligation ou non). La directive européenne inondation de 2007 (1) impose l’élaboration de plan de gestion des risques pour le 20 décembre 2015.

Les leçons

« Réfléchissons avant d’urbaniser ! »
Jacques Parent, maire de Merville

1. Priorité au plan local de sauvegarde
« Dès mon élection en mars 2008, j’ai pris le taureau par les cornes et lancé la réalisation du plan communal de sauvegarde (PCS). Nous sommes soumis à des inondations récurrentes et il me semblait essentiel de nous préparer à la crise en amont en recensant les moyens disponibles, les actions à mener ou les personnes à contacter. Pourtant, quand j’ai lancé le travail, certains élus ont grincé des dents, trouvant que cela prenait beaucoup de temps, notamment en réunions. Il faut dire que la préparation de la gestion de la grippe H1N1 en avait échaudé plus d’un. Pour améliorer notre PCS, nous allons tirer les enseignements de cette inondation.

2. S’appuyer sur les média
Les médias et notamment France Bleu et France 3 m’ont bien aidé à faire passer les messages à la population, notamment pour signaler que si la décrue avait lieu ailleurs, ce n’était pas le cas chez nous, au contraire. La sécurité civile a continué à intervenir à Merville pour sécuriser les personnes et les biens alors que l’eau s’était retirée presque partout ailleurs.

3. Repenser l’urbanisation
Pour limiter l’impact des inondations, il faut limiter l’étalement urbain en repensant l’urbanisation à l’échelle du territoire. Le schéma de cohérence territoriale doit devenir un vrai outil de lutte contre cet étalement. Pour préserver les zones d’expansion des crues, réfléchissons avant d’urbaniser des terres agricoles, surtout quand il existe des friches industrielles ! Il y a aussi beaucoup d’autres choses à faire : planter des saules, préserver les mares, végétaliser les berges… J’ai interpellé les élus du territoire sur ces sujets. »

(1) Directive européenne 2007/60/CE du 23 octobre 2007 relative à l’évaluation et à la gestion des risques d’inondation (JOUE du 6 novembre 2007, p. 27).