Enrayer les ravages du charançon rouge du palmier

Ce coléoptère originaire d’Asie est en train de décimer les palmiers du Var. La riposte mise en place s’avère bien insuffisante pour gagner la bataille.

Le temps presse. Sur le littoral Varois, des milliers de palmiers tombent sous l’attaque d’un envahisseur qui les ronge de l’intérieur. Détecté pour la première fois en France dans le Var en 2006, le charançon rouge du palmier (CRP), ou « tueur de palmiers », progresse de manière exponentielle et rien ne parvient à l’arrêter. Un arrêté national contre l’insecte est pourtant entré en vigueur en 2010. « Aujourd’hui, c’est l’hécatombe, avec un gros enjeu financier. Les coûts d’abattage et d’élimination sont considérables. Comme les arbres sont enlevés, l’importance du problème n’est pas forcément bien perçue par les citoyens et les politiques. Or il faut d’urgence mettre en place une organisation quasi militaire », s’exclame Michel Ferry, chercheur à l’Inra.

Au cœur de l’arbre

Pour enrayer le fléau, il préconise d’engager rapidement sur toutes les zones infestées la technique de l’endothérapie. C’est-à-dire l’injection dans le cœur de l’arbre d’un insecticide spécifique. « En Espagne, cette technique est couramment utilisée depuis des années. En France, elle affronte un a priori négatif du ministère », fait remarquer le chercheur qui travaille en Espagne sur ces questions. Sous l’égide du comité de pilotage contre le charançon, créé il y a environ un an, les acteurs du département ont bien essayé de se mobiliser. En mars dernier, une expérimentation à grande échelle d’endothéraphie a même été autorisée sur 16 communes. Avec peu d’échos sur le terrain. « Seules quelques communes l’appliquent sur leurs palmiers et même pas Toulon ! C’est ahurissant. Aucun accord n’a été trouvé avec le ministère pour un suivi scientifique. De plus il faudrait aussi que les particuliers appliquent la technique », constate amèrement Hervé Pietra, président de l’association Sauvons nos palmiers. Aujourd’hui, les moyens humains et financiers à déployer sur le territoire sont considérables. N’est-il pas déjà trop tard ?

Contact. Mairie de Saint-Mandrier : 04.94.11.51.60.


En chiffres

- 50 des 153 communes du Var sont officiellement touchées par le CRP (essentiellement celles du littoral) ;
- budget du Var : 1 180 000 000 euros ;
- nombre d’habitants : 970 000 ;
- nombre de nouveaux palmiers touchés et recensés en 2010 sur le Var : 1 271 (et au moins le double réellement).

Le comité de pilotage

Créé en décembre 2011 sous l’égide du conseil général du Var, le comité de pilotage de la lutte contre le charançon rouge du palmier (Copil CRP 83) réunit les collectivités touchées, les services de l’Etat, les associations concernées et les professionnels du secteur. Son objectif : organiser une riposte optimale des différents acteurs. Plusieurs groupes de travail (cartographie, gestion des déchets, solutions européennes…) doivent ainsi assurer une lutte coordonnée. « Je suis déçu du travail mené. Les réunions sont trop espacées, avec peu de réalisations entre deux. Comme si les acteurs étaient indifférents ou déjà résignés. D’ailleurs, le thème de la prochaine réunion sera la gestion des déchets des palmiers contaminés », note Hervé Pietra, président de l’association Sauvons nos palmiers.

L’association Sauvons nos palmiers

L’association, présidée par Hervé Pietra, tente de sensibiliser collectivités et particuliers avec des réunions d’information ou en contactant les médias. « Nous n’éradiquerons les ravageurs qu’en agissant simultanément et le plus largement possible avec une forte mobilisation des communes et des particuliers. Pourtant, aucun des maires des 16 communes concernées par l’endothérapie n’a répondu à ma proposition de sensibiliser les particuliers », regrette-t-il. Selon lui, une lutte efficace doit comprendre observation, piégeage, traitement biologique à base de nématodes et de spores de champignons et traitement chimique dont l’endothérapie. « Si tous ces moyens avaient été déployés quand les foyers étaient encore épars nous n’en serions pas à déplorer la généralisation du dépérissement », note celui qui espère encore une mobilisation générale rapide.
Contact. Sauvons nos palmiers : 04 94 41 66 67 ;
sauvonsnospalmiers@numericable.fr ; pietra@me.com

La Fredon contre les nuisibles

Agréée par le ministère de l’Agriculture, la Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles (Fredon Paca) coordonne les actions de lutte. Depuis 2001, elle assure notamment la surveillance des palmiers. Elle publie un bulletin d’information sur les ravageurs du palmier et réalise une veille sur les techniques de lutte utilisée à l’étranger. « Nous informons également les particuliers sur les démarches à suivre », ajoute Anne Roberti, responsable de l’antenne. « Aujourd’hui beaucoup de particuliers perdent espoir et font abattre leurs arbres. Il est vrai que même les palmiers traités de façon préventive peuvent être touchés ! Et des palmiers soignés peuvent de nouveau être contaminés. Or, les coûts de la coupe en crayon, de l’abattage ou de l’assainissement d’un palmier sont considérables, sans compter la coûteuse élimination des déchets qui doivent être broyés et/ou incinérés. »
Contact. Fredon Paca (Hyères) : 04.94.35.22.84.

Des larves voraces

Depuis le 21 juillet 2010, un arrêté rend la lutte contre ce ravageur obligatoire. Le charançon rouge du palmier ou Rhynchophorus ferrugineus est un coléoptère invasif spécifique du palmier et particulièrement des variétés Phoenix dactylifera et Phoenix canariensis. Il est arrivé en France en 2006.
Plusieurs générations de charançon se développent par an. L’adulte orangé-brun mesure de 2 à 4 cm. La larve qui peut atteindre 5 cm est jaunâtre sans pattes avec des mandibules fortement développées. Les 4 mois du cycle de développement se passent dans les palmes ou le tronc. Les femelles pondent à la base des jeunes palmes. Les œufs éclosent 2 à 5 jours après. Les larves se nourrissent des tissus de l’arbre. La contamination peut être détectée par le désaxement des palmes du pinceau central, la chute anormale de palmes vertes ou des palmes centrales affaissées et desséchées. Sans traitement, le palmier meurt rapidement.

« Il faut traiter préventivement »

Gilles Vincent, maire de Saint-Mandrier-sur-Mer, président du Copil CRP 83

1. Créer un comité de pilotage
Il est important de créer au niveau départemental un comité de pilotage réunissant les acteurs privés, les collectivités et les services de l’Etat pour favoriser les échanges sur les avancées et les problèmes, comme l’intervention de sociétés non agrées. Il permet aussi de faire le point sur la progression du charançon, de discuter avec l’Etat pour réorienter la lutte, par exemple avec l’autorisation de l’endothérapie ou la lutte contre l’importation de palmiers infestés.

2. Traiter les palmiers communaux
Pour suivre l’évolution du ravageur, nous faisons des piégeages. Nous avons traité préventivement la centaine de palmiers communaux par endothérapie. Le produit circule avec la sève. Le traitement, à effectuer plusieurs fois par an, revient à 100 euros HT par arbre et par an, sans compter la main-d’œuvre et le matériel. Pour l’instant une seule molécule est agréée, mais l’agrément d’une deuxième molécule, plus rémanente, devrait réduire les coûts et les phénomènes de résistance. Les communes hors zone d’expérimentation de l’endothérapie peuvent traiter le palmier en préventif via des nématodes (vers), avec une efficacité de 60 % environ. Si le stipe (ou faux-tronc) n’est pas atteint, la taille en crayon peut sauver le palmier. Le coût est considérable mais les palmes repoussent ensuite.

3. Mobiliser les particuliers
Il est impératif de communiquer auprès des particuliers : signes à observer, démarches à suivre… Ils doivent réglementairement signaler les arbres malades en préfecture et faire traiter via des sociétés agréées. Ils risquent jusqu’à 7 600 euros d’amende si le protocole n’est pas suivi. Il faut absolument éviter la propagation du charançon, qui peut parcourir jusqu’à 9 km/jour. Et la femelle peut pondre 200 à 300 œufs. L’idéal serait de trouver un prédateur naturel pour cet insecte. »