Aimargues bataille depuis dix ans pour son plan Vidourle

Septembre 2002 : une crue du Vidourle inonde à 85 % ce village du Gard. Dix ans plus tard, la mairie attend toujours les travaux qui protégeront sa population.

Le 9 septembre 2002, le Vidourle, dont le débit normal est de 6 à 8 m3 par seconde, atteint brutalement 2 400 m3/s. Avec 85 % de sa surface inondée et une partie de ses maisons sous 2 à 2,5 mètres d’eau, Aimargues est resté traumatisé. « Pendant les six premières années suivant l’inondation, rien de significatif n’a été mis en route et depuis quatre ans nous avons bataillé pour obtenir des travaux. On nous annonce dans le deuxième programme d’actions de prévention des inondations (PAPI 2)* ce qui était promis dans le PAPI 1 », explique Jean-Paul Franc, maire du village depuis 2008. Malgré le budget de 9,135 M€ inscrit dans ce PAPI 2 pour renforcer sa digue de premier rang en totalité (6 km), il reste prudent. Dès 2003, un premier plan Vidourle (PAPI 1) avait été reconnu projet pilote national par le ministère de l’écologie (budget 30 M€).

Confortement des digues

Dix ans après, le village attendait toujours. Le PAPI 2, validé en 2012, va débloquer au total 70 M€ pour des travaux le long du Vidourle. Le confortement des digues de premier rang et des surverses d’Aimargues doit être réalisé pour 2013-2014. « Des travaux ont été réalisés en aval et en amont, en particulier dans l’Hérault, aucun sur notre territoire », explique Bernard Jullien, ancien ingénieur, président de l’association Aimargues protection prévention inondations (APPI). Le village, l’un des plus en aval du bassin versant et des plus touchés en 2002, figure parmi ceux dont les crues sont de forte probabilité. La mairie compte obtenir aussi une digue de second rang destinée à protéger plus directement les populations. « Il n’y a pas de calendrier mais on nous l’annonce pour 2017. Or le tracé est déjà contesté par la DDTM (direction départementale des territoires et de la mer). » Un budget de 9,1 M€ est prévu.
Contact. Mairie : 04.66.73.12.12
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Chiffres :
- population d’Aimargues : 4 200 habitants ;
- budget communal : 1,5 M€ ;
- Syndicat intercommunal d’aménagement du Vidourle (SIAV) : 95 communes, 7 communautés de communes, 1 SIVOM et 120 000 habitants représentés sur 2 départements.

L’association APPI

Aussitôt après les inondations de 2002, l’association Aimargues protection prévention inondations (APPI) a été créée par des particuliers. Objectif : défendre les intérêts de la population et demander des travaux en urgence pour la mettre à l’abri. L’association se mobilise auprès des pouvoirs publics, élus locaux et parlementaires et des médias. « Nous avons fait connaître notre position à tous les gouvernements depuis 2002 », rappelle Bernard Jullien, son président. L’APPI a lancé une pétition pour dénoncer la négligence des décideurs alors que le préfet lançait une enquête sur le plan de prévention des risques d’inondation (PPRI) d’Aimargues, dix ans après la crue. Elle a recueilli 1 100 signatures pour 4 200 habitants.
Contact. APPI : 9, rue Rémy Valez, 30470 Aimargues
e-mail : jullien-b@wanadoo.fr

Le syndicat du Vidourle

Le syndicat mixte interdépartemental d’aménagement du Vidourle (SIAV), qui émane des conseils généraux de l’Hérault et du Gard, conseille les communes. Il coordonne les actions des collectivités territoriales pour la gestion du fleuve. Il met en œuvre le plan Vidourle de lutte contre les inondations. Il a déjà lancé des travaux de confortement et de réfection de digues dans la basse vallée du Vidourle, entre Lunel (34) et Aigues-Mortes (30). Aimargues, qui n’en a pas encore bénéficié directement, n’est représenté au sein du conseil syndical que depuis 2008, avec un rôle d’observateur.
Contact. SIAV : 04.66.01.70.20 ; www.vidourle.org

La DDTM du Gard

L’Etat est un partenaire technique et financier des collectivités et des syndicats intercommunaux qui montent des projets. Le premier programme d’actions de prévention des inondations (PAPI), mis en place à la suite des crues de 2002 et validé en 2004, s’achevait en 2011. « Les actions conduites jusqu’à maintenant ont eu pour but de sécuriser les tronçons aux contraintes hydrauliques les plus importantes et inondant directement Aimargues, explique Olivier Braud, chef du service de l’eau et des milieux aquatiques à la DDTM du Gard. Des communes quasi entièrement inondables comme celle-ci trouvent qu’on n’en fait pas assez, et pas assez vite, mais il est impossible de restaurer ce secteur avant de faire le travail sur la partie amont et sur le mur de digue de Marsillargues, sur la rive droite face à Aimargues. »
Contact. Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) du Gard : 04.66.56.27.80 ;
www.gard.equipement.gouv.fr

Les outils

Les plans de prévention des risques (PPR), décidés et réalisés par l’Etat, réglementent l’utilisation des sols par les communes en fonction des risques auxquels ils sont soumis. Dans le Gard, les premiers datent de 2008. Document connexe, le plan de prévention des risques d’inondation (PPRI) rend obligatoires les travaux de réduction de la vulnérabilité des maisons et bâtiments existants. Celui d’Aimargues a été validé en mai 2012 (www.cepri.net).
Les programmes d’action et de prévention des inondations lancés sur le bassin du Vidourle (2004-2011 et 2013-2017) privilégient une gestion globale, à l’échelle des bassins versants, passant par une solidarité amont/aval. Les travaux visent à retenir et épandre les eaux et à réduire leur vitesse en amont des bassins et des zones à enjeux. Si les mesures sont insuffisantes, des ouvrages de protection rapprochée comme les digues de second rang sont envisagées.

Le dispositif pilote Alabri (www.alabri-smage.fr) a été mis au point pour réduire la vulnérabilité des maisons en zone inondable sur le bassin versant du Gardon. Il accompagne les particuliers dans les démarches liées aux travaux à réaliser, rendus obligatoires par le PPRI. L’Etat les finance à 40 % (CG 20 %, Anah 20 %). Le dispositif va être proposé sur le bassin du Sommiérois où coule le Vidourle.

« Mobiliser tout à la fois les habitants et les décideurs »

Jean-Paul Franc, maire d’Aimargues depuis 2008
1. Informer la population
« Le traumatisme vécu par nos administrés est encore récent, il est donc indispensable de les informer de l’évolution des dossiers protection et prévention. Même si nous avons régulièrement avancé des dates qui n’ont pas été respectées, nous leur montrons que nous prenons au sérieux leurs inquiétudes et que nous y travaillons. Nous les mobilisons aussi. Un fascicule intégré au journal municipal explicite les mesures de prévention, les dispositions à prendre en cas de crue.

2. Mobiliser les décideurs
Nous n’avons pas hésité à frapper à toutes les portes, à rencontrer les administrations, le préfet, les députés et sénateurs. Nous avons été reçus en juillet 2011 au ministère de l’Ecologie. Si nous ne nous étions pas mobilisés auprès de nos élus nationaux, l’enquête publique qui s’est tenue début 2012 n’aurait pas eu lieu. Or, elle s’est avérée favorable à la consolidation des digues de surverse, a permis de préciser qu’une digue de premier rang était insuffisante pour protéger les populations et qu’il fallait une digue de second rang. Il vaut mieux se mobiliser quand les événements sont récents et qu’élus et population ont la volonté de se battre et de faire parler d’eux.

3. Disposer d’un plan de sauvegarde
La municipalité précédente (2002-2008) a mis en place un système pour prévenir les administrés en cas de crue. Nous disposons d’un système d’alerte par téléphone et nous avons installé une sirène plus puissante. La commune a signé un contrat avec Predict services, un service météo qui assure un suivi en temps réel des précipitations. Nous disposons aussi du site www.vigicrues.gouv.fr qui nous informe dès que la côte d’alerte de 4 m est atteinte à Sommières, à 20 km en amont. »

* PAPI : programme d’actions et de prévention des inondations