Gouvernance, objectifs du développement durable et croissance verte : les trois enjeux clés de Rio+20, selon Nicole Bricq

MappemondeC’est le premier dossier sur lequel la récente ministre de l’Ecologie, de l’énergie et du développement durable, Nicole Bricq, a dû travailler : le Sommet de la Terre Rio+20. Il doit permettre de tracer de nouvelles pistes pour le développement durable, 20 ans après le premier sommet de Rio (en 1992), .

« En 1992, j’étais au cabinet de la ministre de l’Environnement, Ségolène Royal. L’heure était à l’enthousiasme puisque ce sommet a été décisif pour engager une politique au niveau mondial, se rappelle Nicole Bricq. Mais aujourd’hui, le président de la République François Hollande a parlé d’un risque d’échec ».

Reconnaître le rôle des collectivités - Le premier engagement de la nouvelle ministre aura été de réintégrer les collectivités territoriales au sein de la délégation française se rendant à ce sommet, ce que refusait de faire le précédent gouvernement.
Nicole Bricq a tenu à souligner que la reconnaissance de l’implication de la société civile – c’est-à-dire les ONG ainsi que les collectivités territoriales – constituait l’un des trois principaux enjeux de Rio+20, et qu’elle devait se traduire par deux réformes de la gouvernance mondiale.

La première de ces réformes passe par la création d’une organisation mondiale de l’environnement (OME), sur les bases du Programme des nations unies pour l’environnement (PNUE).
Pour Nicole Bricq, « il s’agit d’aller vers une organisation oeuvrant, dans le cadre des  Nations unies, à un programme d’action universel pour une économie verte et solidaire.  Cela répondra à une exigence de démocratie globale : un siège en Afrique, à Nairobi (ce qui en ferait la première organisation mondiale en Afrique) et une nouvelle forme de participation des acteurs non-étatiques », parmi lesquelles figurent les collectivités.

Cette position est défendue par la France et plus largement par l’Union européenne, l’Union africaine et plusieurs pays asiatiques et latinoaméricains. « Le fait que l’Afrique ait fait mouvement, ainsi que la Chine, de par ses intérêts commerciaux (avec l’Afrique, NDLR), pourrait œuvrer en faveur de l’OME. L’Inde pourrait également soutenir cette proposition », insiste-t-elle pour rendre compte des négociations internationales qui se déroulent actuellement. Nous pouvons espérer un mandat politique clair pour cette agence, d’autant que la présidence brésilienne veut que ces négociations soient réussies ».

Toujours au niveau de la gouvernance, un point d’avancé « très important » pour la ministre serait de « créer une instance de coordination entre tous les acteurs multilatéraux du développement durable, si possible sous la forme d’un Conseil ministériel du développement durable du Conseil Economique et Social des Nations Unies [...]. Il pourrait se réunir à l’automne, juste avant l’assemblée générale des Nations Unies ».

Des objectifs pour le développement durable - Deuxième sujet clé pour la ministre, la création d’objectifs du développement durable, en plus des objectifs du millénaire pour le développement (OMD).
« Ce n’est pas acquis mais il faudra défendre cette objectif partagé par la France et l’Union européenne, rappelle-t-elle. La France est en bonne position car elle est le premier financeur mondial du développement durable, ce sera un point d’appui important ».

Le concept de l’économie verte - Le troisième dossier à l’ordre du jour de Rio+20 concerne l’économie verte. « Ce concept est soupçonné de servir des velléités protectionnistes des pays développés. Mais il est beaucoup plus large que celui de croissance, parce qu’il n’est pas sectoriel et qu’il concerne toute l’activité humaine. Il faut le faire avancer même s’il comporte quelques ambiguïtés », insiste Nicole Bricq.
« On peut faire de l’économie verte en faisant de la justice sociale. La France va dire qu’elle souhaite ajouter un volet social à la discussion, notamment à travers la notion de ‘travail décent’ et d’un ’socle minimal de protection’. Elle sera d’autant plus entendue qu’elle le pratique très concrètement et qu’elle délivre ce message social sur son sol ».
Et quant aux risques de blocage sur ce thème de l’économie verte, du fait de l’opposition de nombreux pays émergents, la ministre estime que « le meilleur moyen d’entraîner les pays émergents est d’être capable d’avoir un modèle de développement le plus faible possible, en Europe ou ailleurs ».

Ronan Dantec appelle a faire converger les économies des pays développés et émergents

Dans une tribune parue sur le site Mediapart, Ronan Dantec évoque, avec sa double casquette de sénateur de Loire-Atlantique et de porte-parole de l’association CGLU (réseaux mondiaux de collectivités locales dans la négociation climatique) les enjeux de Rio+20. 

Il souligne notamment qu’il « ne peut y avoir d’accord sur les grandes questions environnementales s’il n’y en a pas sur les échanges économiques ». Pour faire avancer les négociations sur ce point, il appelle à élaborer un mode de convergence des économies des anciens pays développés et des pays émergents pour tendre « vers une réelle égalité de développement humain au milieu du XXIème siècle ».

« La garantie d’accès à ce développement, qui ne se limite pas à la consommation mais doit intégrer évidemment santé, éducation, libertés, est le préalable à tout accord sur l’environnement. Si cette perspective est clairement affirmée et assumée par les pays du Nord, alors il sera possible de travailler sur un modèle de production et de vie quotidienne soutenable pour la planète, économe en énergie, sol et matières premières. C’est ce débat qui devrait animer le sommet, ce pourrait être la définition de l’économie verte ! »

Un rôle majeur pour les élus locaux - Ronan Dantec relève également « l’émergence, ces dernières années, des réseaux des collectivités locales dans la gouvernance mondiale », facteur de rapprochement des points de vue, « car les élus locaux partagent aujourd’hui, quelle que soit leur nationalité, des cultures communes nourries de leurs confrontations quotidiennes au développement non durable, aux problèmes de pollution et d’accès aux services essentiels ».

« Il faudra à Rio être attentif aux propositions portées par ces réseaux de collectivités locales », défend-il, et il ne faudra jamais perdre de vue qu’au final, c’est bien l’addition des actions menées au niveau local qui permettront de répondre aux grands objectifs mondiaux, sociaux et environnementaux ».

Retrouvez cet article sur lagazettedescommunes.com